Pourquoi croit-on aux superstitions

Hanaa Khachaba Mardi 16 Juin 2020-15:04:54 Chronique et Analyse
Pourquoi croit-on aux superstitions
Pourquoi croit-on aux superstitions

 

Le Covid-19 aurait été créé dans un laboratoire dans la ville chinoise de Wuhan. C’est une arme fatale que la Chine arbore face aux puissances mondiales. Le virus est une machination maçonnique qui a des desseins de domination sur le tiers monde. Pour se protéger du Covid-19, il est conseillé d’avaler ou de s’injecter avec des désinfectants, selon une théorie loufoque du président américain Donald Trump. Ce dernier a tenu des propos irresponsables sur le coronavirus, qui peuvent mettre des vies en danger. Autant de théories, de superstitions et de paroles mensongères qui se répandent comme une traînée de poudre. Leur intensité est si forte qu’elles ne nous laissent plus la chance de nous prémunir. Pourquoi on tend souvent à facilement y croire ? Pourquoi  tombe-t-on souvent dans le piège des superstitions, des mensonges et des nouvelles insolites ?

 

 

 

 

Connaissez-vous Steve Jobs ? Ce fondateur d’Apple voulait guérir son cancer pancréatique de façon alternative. En octobre 2003, on lui découvre une tumeur neuroendocrine du pancréans, qui est de bon augure si la maladie est soignée tôt. Les médecins expliquent à l’oracle du numérique, le créateur du smartphone, qu’il est urgent d’enlever la tumeur, mais il refuse. Malgré les protestations de son entourage, il se soigne avec des médecines « douces et parallèles ». Il mange bio, consulte des guérisseurs, des naturopathes, utilise l’acupuncture, avale des gélules de plantes et boit des jus de fruits…

En 2004, de nouveaux tests démontrent le peu d’effet du tofu et des salades sur les cellules cancéreuses : la tumeur s’est propagée en dehors du pancréas. Jobs accepte enfin l’opération, mais beaucoup trop tard.  Suite à des complications, il décède en 2011. Il aurait peut-être pu vaincre la maladie s’il s’était résolu plus tôt à une intervention chirurgicale pour enlever sa tumeur.

La mort de Steve Jobs de cette façon a provoqué un grand tollé. Comment un homme si intelligent, créatif et très calé en sciences et particulièrement en numérique tombe-t-il dans le piège des superstitions des médecines alternatives ? Pourquoi n’a-t-il pas recouru aux méthodes classiques scientifiquement prouvées efficaces dans le traitement du cancer ?

C’est une grande interrogation qui ne concerne que Steve Jobs. On constate que la majorité des hommes sont plus enclins à croire les nouvelles mensongères et les théories loufoques qu’à remonter aux sources fiables. Les réseaux sociaux en sont la meilleure preuve : les usagers rivalisent dans le partage d’informations dénuées de tout bon sens, sans se donner de peine d’en vérifier la source. 

Notre tête nous pousse-t-elle, bon gré mal gré, à croire les superstitions, les choses insolites et les informations inhabituelles ?

Au XIXe siècle, de nombreux penseurs et philosophes souhaitaient que grâce à la montée en puissance de la science, les superstitions et les idées reçues n’auront plus de place dans une société scientifiques. Or, la situation alla à l’encontre de ce qu’ils espéraient voir. Les superstitions sont reparties de plus belle. Même aujourd’hui, la science n’a malheureusement pas d’ascendant sur ce genre de pensées dépourvues de tout raisonnement. Elles continuent à se répandre même à l’heure du Covid-19 marquée par un déluge indomptable d’idées farfelues dont on ignore la source.

Chaque vendredi treize c’est pareil ! Vous vous cloîtrez chez vous parce que vous avez peur qu’il vous arrive un malheur. Vous préférez rompre le pain plutôt que de le couper. Vous croyez à l’horoscope, aux fantômes et aux maisons hantées ! Bref, votre vie est placée sous le signe de la superstition et de la pensée magique. D’où viennent ces croyances ? Sont-elles une façon de se rassurer ou une entrave à la liberté ?

Il y a les superstitions communes à tous et celles que l’on se crée. Doit-on résister à ces croyances d’un autre âge ou, au contraire, les respecter, comme on respecte une tradition ?

Dans son ouvrage Psychopathologie de la vie quotidienne, Freud remarque que le superstitieux croit à un événement produit par le hasard et s’en sert pour guider ses choix. Alors que la psychanalyse permet d'identifier, dans un événement qui semble dû au hasard, ce qui a été produit par la vie psychique inconsciente du sujet.

Ainsi, un faux pas sur le seuil d'une maison, mauvais présage pour les Romains, est en fait un acte manqué, et donc, une production de l'inconscient. Par contre, les vols d'oiseaux dans le ciel, interprétés par les Romains comme favorables, n'ont aucune relation avec le psychisme d'un individu et relèvent de la superstition.

Mais à partir du moment où l'individu s'appuie sur un événement extérieur indépendant de sa personne, pour décider qu'une chose est bonne ou non pour lui, il fait appel non plus à la superstition mais à un désir refoulé. Il s’avère donc qu’être superstitieux ne porte pas toujours bonheur, mais répond à un besoin.

« D’une sorte de puissance supérieure qui imposerait un ordre aux choses », répond Philippe Martin, historien, spécialiste d’histoire religieuse et Professeur d’histoire moderne à l’Université de Nancy et à l’Université de Lyon 2.  « La superstition fournit une explication qui rassure. On crée un lien entre des événements ». « La superstition construit aussi l’espoir. On croit qu’on va pouvoir changer les choses », ajoute l’historien. Et d’expliquer : « Le jour où j’ai réussi un examen, je portais ce bracelet. Je ne dois pas l’oublier si je veux réussir le prochain ! Cela n’a rien à voir avec le niveau d’instruction ou l’intelligence ». « Le moteur de la superstition, ce n’est pas l’ignorance, mais la peur », souligne Philippe Martin. Ceci depuis la nuit des temps. Dès l’Antiquité, on parle de superstition. On l’a longtemps opposée aux vertus de l’éducation. On supposait donc que les gens moins instruits étaient davantage en proie aux superstitions. C’est faux. Des études ont prouvé que cette corrélation était aussi peu avérée que celle qui existerait entre un miroir brisé et sept ans de malheur ».

Qu’on cible des groupes à fort quotient intellectuel ou d’autres, c’est la même chose. Seule variable, on observe que les gens très religieux sont en général moins superstitieux, alors que certaines « professions » à risques le sont davantage. Par exemple les gangsters, les sportifs, les acteurs…

Traversant le temps, les superstitions existent aussi dans tous les pays. Seules changent les croyances selon les cultures ou parfois les groupes sociaux. Par exemple, il y a partout un chiffre qui porte malheur, mais ce n’est pas le même pour tout le monde.

Simplement en faisant plus confiance à des paramètres qui semblaient indépendants de votre volonté qu'à vous-même, vous vous déresponsabilisez : vous vous reposez alors sur une force invisible, bienveillante ou non. Un peu à la façon de l'enfant qui compte sur la force de ses parents pour aboutir dans ses projets.

Sources

Espitalia

Doctissimo

Leprogres.fr

 

Histoire de quelques superstitions

Fréquemment les superstitions sont des légendes ou des mythes qui ont survécu.

Le vendredi 13 : sachez que la panique du vendredi 13 a un nom, il s'agit de la « paraskevidékatriaphobie ». Cette superstition a tout d'abord une origine religieuse, car le Christ a été crucifié un vendredi. S'ajoute à cela le nombre treize qui correspond au nombre de convives présents au dernier repas du Christ, qu'on appelle la cène, dont le « traître » Judas. Mais dès l'antiquité, le nombre treize, qui représentait une rupture dans l'ordre de l'univers, avait une valeur néfaste.

Passer sous une échelle porte malheur, dit-on, non parce que celle-ci risque de glisser sur vous, mais parce que le triangle formé par le mur et l'échelle avec le sol, est sacré et ne doit pas être pénétré. Dans les mythologies païennes et religieuses, l'intérieur du triangle est un espace maudit, comme, par exemple, le triangle des Bermudes. De plus l'échelle est un symbole de liaison entre la terre et le ciel; passer dessous signifierait appartenir à l'univers opposé au divin : le diabolique.

Renverser la salière porte malheur : parce que Judas, encore lui, en aurait renversé sur la table sacrée lors de la cène. Le sel est un aliment sacré parce que substance originelle présente dans l'eau, la mer, le liquide amniotique. Il doit être, dit-on, le premier mis à table, le dernier ôté. 

Quant aux superstitions personnelles, elles relèvent généralement d'une symbolique affective. L'objet fétiche a une histoire ou une origine bien particulière. Le nombre fétiche a souvent un lien avec des dates importantes dans la vie du sujet ou avec sa place dans la fratrie, et, malgré les apparences, n'est jamais choisi au hasard.

Source : Marianne Chouchan

 

En Malaisie, il se balade dans la rue déguisé en fantôme !

Pendant plusieurs jours, un spectre blanc aux longs cheveux a hanté un village du Nord-Est de la Malaisie, effrayant les habitants superstitieux pour qu'ils restent chez eux et respectent le confinement destiné à contenir la pandémie de coronavirus.

Ce « fantôme », un habitant du village de Kemaman qui a eu l'idée de porter une longue tunique blanche, un masque et une perruque pour effectuer des rondes nocturnes, pour aider les autorités à faire respecter le confinement. La croyance des habitants dans les superstitions lui étaient d’un grand soutien !

Cette initiative originale pour convaincre les gens de rester chez eux s'est révélée efficace dans un pays où les croyances dans les êtres surnaturels restent fortes, notamment dans les régions rurales.

Source

msn.com

 

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